Truss devient PM du Royaume-Uni : Deutsche Bank met en garde contre une crise du GBP
06.09.2022 16:57
Investing.com – Liz Truss a été élue Première Ministre britannique hier, dans le cadre d’une élection qui l’opposait à l’ancien ministre des Finances Rishi Sunak. Mme Truss a obtenu 81 326 voix des membres du Parti conservateur, contre 60 399 pour M. Sunak.
Or, le monde économique et financier ne voit pas d’un très bon œil cette nomination, nombreux étant ceux qui doutent de ses projets pour faire face à la crise énergétique, et plus généralement de sa capacité à mener une politique économique adaptée au contexte actuel.
C’est notamment le cas de la Deutsche Bank (ETR:DBKGn), qui a prévenu que les annonces politiques des prochaines semaines seront déterminantes pour que le Royaume-Uni évite des événements macroéconomiques extrêmes, notamment une crise de la balance des paiements qui pourrait lourdement impacter la Livre.
Bien que le GBP ait légèrement progressé face au dollar lundi après-midi, les stratèges de la banque ont en effet prévenu que les risques d’une « crise de la livre sterling » ne devaient pas être sous-estimés.
« Avec le déficit de la balance courante déjà à des niveaux records, la livre sterling a besoin d’importantes entrées de capitaux soutenues par une amélioration de la confiance des investisseurs et une baisse des anticipations d’inflation. Or, c’est le contraire qui se produit », a déclaré la Deutsche Bank dans une note.
Elle a ajouté :
« Le Royaume-Uni souffre du taux d’inflation le plus élevé du G10 et d’un affaiblissement des perspectives de croissance. Une expansion budgétaire importante, non financée et non ciblée, accompagnée de changements potentiels du mandat de la Banque d’Angleterre, pourrait entraîner une hausse encore plus importante des anticipations d’inflation et – à l’extrême – l’émergence d’une domination budgétaire. »
Rappelons que Truss a vivement critiqué la Banque d’Angleterre et son gouverneur Andrew Bailey pendant sa campagne, accusant la banque centrale d’être responsable de l’inflation qui s’envole sur des sommets de 40 ans, et affirmant qu’elle envisage une révision du mandat de la Banque.
Elle a également suggéré de supprimer le protocole sur l’Irlande du Nord, un élément clé de l’accord de retrait post-Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, ce qui pourrait largement détériorer les relations du pays avec ses voisins européens, et aggraver une situation déjà difficile :
« La prime de risque sur les Gilts britanniques est déjà en hausse, ce qui coïncide avec des sorties de capitaux étrangers d’une ampleur inhabituelle. Si la confiance des investisseurs s’érode davantage, cette dynamique pourrait se transformer en une crise de la balance des paiements auto-réalisatrice dans laquelle les étrangers refuseraient de financer le déficit extérieur du Royaume-Uni », a écrit la Deutsche Bank.
La banque a ainsi estimé que le pays pourrait se diriger vers une répétition de la période noire du milieu des années 70, lorsque le Royaume-Uni a dû recourir à l’aide du FMI :
« Une crise de financement de la balance des paiements peut sembler extrême, mais elle n’est pas sans précédent : la combinaison de dépenses budgétaires agressives, d’un choc énergétique sévère et d’une chute de la livre sterling a finalement conduit le Royaume-Uni à recourir à un prêt du FMI au milieu des années 1970 ».